EN ATTENDANT

Son amoureux, un enfant, la suite des événements, le déluge : quoi ou qui que l’on attende, pendant ce temps, quelque chose se passe. Précieuses parenthèses inscrites – souvent contre notre volonté – dans notre esprit, ces minutes, heures, jours, mois… révèlent un espace fertile que nous ne savons pas toujours identifier comme tel. Quand l’impatience nous saisit, elle nous prive d’une ouverture sur ce champ invisible, indivisible car, quelle que soit la durée de l’attente imposée, notre cerveau reçoit un cadeau inespéré. Il s’agit de s’attendre, de laisser retomber la pression exercée sur nos cellules cérébrales par nos emplois du temps surchargés, par le stress, la précipitation que nous ne remarquons même plus, comme si elle était inéluctable.

C’est bien à une attente sans objectif que nous invitent ces circonstances au cours desquelles le temps semble se dérober parce que nous ne le maîtrisons pas. Contexte idéal de méditation, elles nous permettent de lâcher nos certitudes, de respirer, de mettre en pause nos neurones hyper sollicités. De nous tourner vers un ailleurs intérieur, de tendre à des retrouvailles avec nous-même, de reconsidérer nos schémas psychiques. Perdre du temps ? Nous avons tout à y gagner.

La grossesse dessine précisément cet univers inconnu, ou tout au moins méconnu, de notre esprit. Neuf mois pour remettre à neuf nos routines inconscientes qu’un bébé en gestation s’emploie, de fait, à questionner. Rien n’est plus jamais comme avant une grossesse, et celles qui s’obstineraient à vouloir recréer une vie quotidienne connue et reconnue n’y parviendraient pas. Le temps d’attente a modifié la donne, comme tous les temps d’attente. Pourquoi lutter contre son propre esprit ? Pourquoi ne pas lui reconnaître le vrai pouvoir de création et de récréation qui n’appartient qu’à lui ? Pourquoi ne pas aimer, pour ce qu’il est, le temps qui nous est accordé et sur lequel nous n’avons aucune prise hormis celle que génère l’illusion ? Attendre, et savourer l’attente, la contempler. Attendre, et cultiver l’attente comme une ressource renouvelable. Attendre, et faire la paix avec l’attente qui nous indique la voie de l’impermanence. Attendre, et savoir que, souvent, le bonheur survient lorsque l’on ne s’y attend pas.

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