Si nous sommes parmi les premiers à célébrer sans hésiter l’idée même de la fête, pour ce qu’elle induit de joie tendre et de bonheur simple, si nous nous réjouissons d’y participer sans attendre en vous proposant un généreux dossier de recettes veggie à base de chocolat BiO et équitable, des idées de cadeaux écologiques et gourmands, des livres à n’en plus finir de lire et offrir de lire, si l’Avent et la fin de l’année invitent à la naissance, aux étoiles et aux mages, nous ne nous en tenons pas aux images.
Que serait la fête sans conscience ? Que porterions-nous d’indifférence ou de résignation en ne mettant pas en lumière, à l’occasion de ces réjouissances convenues, une pratique de compassion élémentaire envers celles et ceux qui voient se profiler, et défiler, les jours d’ombre et de peur qui constituent leur quotidien ? Êtres humains, êtres vivants non humains, tous aspirent au bonheur, à la quiétude, au respect de leur identité.

Les animaux se trouvent ici en première ligne de nos pensées. Réalisons-nous combien la connotation du terme dont ils sont affublés -« animaux »- convient peu à la richesse de leur esprit ? À sa sensibilité ? Les humains qui se croient autorisés à se référer à un champ lexical animal pour dévaloriser la conduite d’êtres humains devraient réfléchir à cet abus de langage. Combien les êtres vivants non humains ont-ils à nous apprendre de nous, humains ! Combien se révèle, au-delà de tout, leur propension à l’amour, à la confiance, à la gratitude, à la fidélité ! Et pourtant, dans notre société, ils ne sont pas à la fête…

Comme l’écrit Marc Giraud, porte-parole de l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), dans la préface du beau livre L’odyssée du renard*, « un renard, c’est quelqu’un ». Les renards, précise-t-il, « sont des êtres sensibles et intelligents. Ils ont leur vie à mener, leurs plaisirs et leur déplaisirs, leurs craintes et leurs désirs ». L’écrivain, dont nous avons présenté, dans notre précédent numéro, le dernier et délicieux ouvrage Le bonheur est dans la nature, pointe-là, à travers le renard, la nécessité de revoir le logiciel plus ou moins inconscient des critères d’évaluation sociale de l’identité des uns et des autres, à commencer par les animaux mal-aimés.
Tout le monde est quelqu’un. Tout le monde a une histoire. Tous les êtres vivants, sans discrimination. Humains, et non humains mais tellement plus conscients que nous, parfois. Souvent.


* »L’odyssée du renard ». Laurent Geslin et François Moutou. Éditions Salamandre.

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