LES AUTRES
couverture-topnature-143Retour à la case départ ? Pour beaucoup d’entre nous, le mot « rentrée » traduit quelque chose de l’ordre d’une régression. Rarement d’un renouveau. Retrouver son cadre professionnel, son quotidien d’emblée surchargé, ne laisse pas augurer de lendemains particulièrement dynamiques. Tout est déjà « trop » dans notre tête. « Trop tout ». Comment, dans ce contexte, dessiner un espace de respiration intérieure ? Comment ressentir l’amplitude qui nous épanouit alors que les issues de notre emploi du temps s’avèrent verrouillées par la multitude d’obligations qui nous tient lieu de réalité ? Et si la réponse se révélait non pas dans notre volonté d’obtenir des plages horaires pour nous, rien que pour nous, car cette quête se transforme souvent en voeu pieux, mais dans une vision différente de notre vie quotidienne, aux antipodes de la charge mentale qui pèserait sur nous ? Si nous choisissions de saisir dans cette pléthore d’activités et de relations la perche de notre propre rebond ?
Si, au coeur de ce brassage permanent d’interactions, se trouvait un bouquet de ballons d’oxygène susceptibles de faciliter nos envolées temporelles ? Si « les autres », ces drôles d’individus que nous voyons plus ou moins consciemment comme des supports de décoration de notre emploi du temps, ouvraient pour nous la porte d’un espace différent ?
De connexions cérébrales qui, si nous prenons le temps de les accueillir dans notre esprit, aèrent profondément notre routine asphyxiante. L’enfer, ce n’est pas toujours les autres. « Les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous, même pour pour la propre connaissance de nous-mêmes », précisait Jean-Paul Sartre au sujet de Huis clos. L’enfer, aujourd’hui, c’est nous, c’est notre vision de la vie qui consiste à produire et consommer des biens qui ne nous font pas toujours tant de bien, des relations sociales en accéléré, des survols sans conscience de la richesse inestimable qui nous est donnée : l’instant présent. Les autres, souvent, ponctuent ce moment sans cesse renouvelé d’une différence que nous ferions bien de ne pas trop vite considérer comme accessoire, si ce n’est dérangeante. À bien y regarder, l’autre nous offre la possibilité d’une aile : une brise, un souffle, une aspiration qui déleste nos neurones embouteillés. Les autres, comme un battement de singularité multipliée, à inviter avec curiosité, attention, ouverture, compassion, joie… Les autres ne sont-ils pas notre paradis ?