Une histoire de grillons

couverture-top-nature-137Un grillon dopé à l’extase qui ne cesse de « grillonner », de la tombée de la nuit au petit matin, pas loin de vos oreilles, sans doute abrité pour d’obscures raisons dans un recoin de stores de la chambre ? Cela vous est arrivé ? Un soir, puis un deux, puis trois… Système nerveux légèrement à vif. Des boules Quies ? Pas question ! Et le chant des oiseaux alors ? Les chouettes pendant la nuit ?
Les mésanges au réveil ? Et le son des cloches qui sonnent, à 7 heures, le signal du lever ? Il n’y a plus de chant du coq, fini les fermes alentour pour cause de désertification : ce ne sont pas les animaux (de ferme) qui vont s’en plaindre. Quant à l’âne le plus proche, il est trop loin pour qu’on l’entende.

Aimer les animaux, c’est aussi une affaire de grillon qui vous prend la tête alors que vous n’aspirez qu’à une chose : dormir. Une affaire d’aboiements, aussi, du petit épagneul tibétain qui voit on ne sait quoi quand vous dormez, et qui se met à gronder très fort puis à aboyer comme un malade contre les menaces perçues. Parfois une biche venue manger des pommes au fond du jardin, parfois rien de visible. L’épagneul en question étant à l’origine destiné à protéger les monastères au Tibet, on ne va pas lui reprocher de nous casser les oreilles à 3 heures du matin.

Et les frelons ? Cette horreur de bestiole qui tombe brutalement sur le lit alors que l’on contemple, en plein coucher de soleil estival, les fleurs roses suspendues dans l’albizia qui a bien voulu fleurir cette année. On a beau être veggie ou vegan, les frelons, c’est non. Impossible de pactiser avec les frelons, surtout depuis qu’ils ont eu la mauvaise idée de se la jouer asiatique. A-t-on le droit de dire que l’on déteste les frelons ? Si jamais il s’agit de la réincarnation de la grand-mère espagnole, c’est mauvais karma à mort. Pourtant, pardon Mamie, on a peur des frelons, même si c’est toi qui ré-apparais pour nous apporter des Pépito comme quand on était petit. Peur ? Il se trouve un héros, à la maison, pour sortir délicatement tous les frelons sur une éponge, et les relâcher. Sans rire.
Un vrai veggie, un pro du karma !

A part le grillon, le chien, les frelons, il y a aussi les grenouilles qui coassent non-stop pendant la nuit. Mais les grenouilles, c’est le paradis à écouter. Une berceuse d’où pourrait bien émerger un super prince charmant, sait-on jamais. On peut rêver. Toujours à proximité immédiate, quel animal aurait l’idée de nous empêcher de vivre ? En fait, aucun. On les aime tous. Ils ne nous empêchent nullement de vivre. Si nous ne sommes pas capables de faire un effort pour un malheureux grillon qui se prend pour Maître Gims
(tant qu’à faire), alors que représente notre végétarisme ? Notre véganisme ? Notons que tous les animaux précédemment cités se mangent. Tout au moins, sont mangés par des êtres dits humains. Les grillons, les chiens, les ânes, les coqs, les oiseaux, les grenouilles, et même les frelons… Des êtres vivants considérés comme comestibles, les uns ou les autres selon les traditions. Nous ne saurions ici employer le mot « cultures ».

Mine de rien, le grillon nous a permis de bien avancer sur la voie de la sagesse. A l’idée de ressembler aux individus consommateurs d’animaux, êtres sensibles qui chantent, dansent, parlent, éprouvent des émotions, on fait un effort et on se débrouille pour dormir quand même avec le grillon. La voie de l’éveil !

 


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